Le marché français du financement de l'équipement des entreprises traverse une zone de turbulences.
Les données publiées par l'ASF pour les neuf premiers mois de l'année 2025 révèlent un faible dynamisme de l'activité, marqué par une contraction significative des investissements.
Ce ralentissement conjoncturel s'inscrit dans un contexte de transformations réglementaires profondes, portées par les instances européennes.
Une production en net recul : analyse des chiffres clés
La production globale des financements locatifs de l'équipement des entreprises et des professionnels affiche une baisse de -7,0 % sur les trois premiers trimestres de 2025 par rapport à la même période en 2024.
En volume, cela représente un montant de 28,619 milliards d'euros contre 30,772 milliards l'année précédente.
Le troisième trimestre 2025 confirme cette tendance avec un repli identique de -7,0 %, marquant ainsi le cinquième trimestre consécutif de recul.
Le détail par segment montre des disparités dans l'intensité de la baisse :
- Le financement par crédit classique chute de -7,2 % sur neuf mois.
- Le crédit-bail mobilier et les opérations de LOA (Location avec Option d'Achat) subissent la plus forte dégradation avec une baisse de -8,7 %.
- La location sans option d'achat (location financière et longue durée) résiste mieux, limitant son repli à -4,1 %.
Les enjeux prudentiels et le mandat de l'EBA
Au-delà des chiffres, le secteur est suspendu aux décisions de l'Autorité Bancaire Européenne (EBA).
Un mandat a été confié à l'EBA pour analyser les paramètres d'une pondération "adéquate" des risques liés aux expositions en leasing.
L'objectif affiché est d'aboutir à un allègement des contraintes prudentielles, un rapport étant attendu d'ici juillet 2027.
L'ASF collabore activement à cette réflexion via l'élaboration de templates de collecte de données auprès de 160 établissements européens, ciblant principalement ceux utilisant la méthode IRB (Internal Ratings-Based).
Verdissement et blocages réglementaires sur les aides publiques
La transition écologique impose des cibles ambitieuses : 69 % de véhicules à faibles ou zéro émission d'ici 2030.
Toutefois, un obstacle majeur subsiste pour le crédit-bail dans l'accès aux aides d'État.
La Commission européenne exige, via le RGEC (Règlement Général d'Exemption par Catégorie), que le contrat comporte une obligation d'achat pour être éligible aux soutiens publics.
Cette exigence est structurellement incompatible avec la nature même du crédit-bail en France.
L'ASF milite pour remplacer le terme "obligation" par "option" afin de ne pas exclure les entreprises finançant leur transition par le leasing.
Reporting extra-financier et normes comptables
Le secteur doit également intégrer les nouvelles normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards) sous l'égide de l'EFRAG.
L'ASF plaide pour des solutions allégées en matière de reporting pour ne pas surcharger les structures moyennes.
Parallèlement, le suivi de la norme IFRS 16 sur les contrats de location se poursuit.
Si l'assimilation du contrat de location à une dette est désormais absorbée par les grandes sociétés cotées, la profession reste fermement opposée à l'extension de ces règles complexes aux TPE-PME.
Perspectives et garanties européennes
L'avenir proche reste incertain quant aux dispositifs de garantie de crédits.
Les échanges récents avec le Fonds Européen d'Investissement (FEI) n'ont pas permis de lever les difficultés techniques relatives au programme "InvestEU 2021/2027".
Les entreprises et les financeurs devront naviguer entre une conjoncture atone et une publication attendue, fin janvier 2026, de nouvelles propositions européennes visant à clarifier le cadre des aides d'État et du financement de l'économie réelle.
