En France, le financement locatif professionnel repose sur deux grands mécanismes juridiques distincts : le crédit-bail (leasing financier) et la location financière (leasing opérationnel).
Chacun obéit à un cadre légal propre.
Comprendre ces règles est indispensable pour toute entreprise — TPE, PME ou grand groupe — qui souhaite financer ses équipements, véhicules ou locaux professionnels par le biais du leasing.
1. Le crédit-bail : fondement législatif (loi du 2 juillet 1966)
Le crédit-bail a été introduit en droit français par la loi n°66-455 du 2 juillet 1966, dite « loi sur le crédit-bail ».
Cette loi fondatrice a créé un régime juridique spécifique pour les opérations de location assorties d'une promesse unilatérale de vente au profit du locataire.
Les dispositions de cette loi ont ensuite été codifiées dans le Code monétaire et financier, aux articles L313-7 à L313-11.
Ces articles définissent précisément le crédit-bail comme une opération par laquelle :
- Un établissement de crédit ou une société de financement acquiert un bien à la demande du crédit-preneur
- Ce bien est donné en location pour une durée déterminée
- Le contrat comporte une option d'achat à l'échéance, permettant au locataire de devenir propriétaire du bien moyennant un prix résiduel convenu à l'avance
Cette option d'achat est l'élément distinctif du crédit-bail par rapport à une simple location.
Elle confère au crédit-preneur un droit — et non une obligation — d'acquérir le bien en fin de contrat.
2. Crédit-bail mobilier et crédit-bail immobilier
Le droit français distingue deux catégories de crédit-bail, chacune avec ses spécificités :
Crédit-bail mobilier (article L313-7 du Code monétaire et financier)
Il porte sur des biens d'équipement, du matériel professionnel ou de l'outillage : machines industrielles, engins de chantier, véhicules utilitaires, matériel informatique, équipements médicaux, etc.
C'est la forme la plus courante de crédit-bail pour les entreprises.
- Durée : généralement alignée sur la durée d'amortissement fiscal du bien (3 à 7 ans selon la nature de l'actif)
- Publicité obligatoire : les contrats de crédit-bail mobilier doivent être inscrits sur un registre tenu au greffe du tribunal de commerce du domicile du crédit-preneur (article L313-10). Cette publicité rend l'opération opposable aux tiers.
- Valeur résiduelle : fixée contractuellement, elle représente le prix auquel le locataire pourra lever l'option d'achat
Crédit-bail immobilier (articles L313-7 et suivants, ordonnance du 28 septembre 1967)
Il concerne les biens immobiliers à usage professionnel : locaux commerciaux, entrepôts, bureaux, usines.
Le crédit-bail immobilier a été institué par l'ordonnance n°67-837 du 28 septembre 1967.
- Durée : plus longue que le mobilier, souvent de 10 à 20 ans
- Publicité foncière : le contrat doit être publié au service de la publicité foncière (ex-Conservation des hypothèques) pour être opposable aux tiers
- Cession du contrat : le crédit-preneur peut céder ses droits avec l'accord du crédit-bailleur
3. La location financière : un régime de droit commun
Contrairement au crédit-bail, la location financière (souvent appelée « leasing opérationnel » ou « location longue durée professionnelle ») ne fait pas l'objet d'une loi spécifique.
Elle relève du droit commun du bail, régi par les articles 1709 et suivants du Code civil.
La location financière se distingue du crédit-bail par l'absence d'option d'achat en fin de contrat.
Le bien reste la propriété du bailleur et est restitué à l'échéance.
Ses caractéristiques principales :
- Pas de promesse de vente : le locataire n'a pas vocation à devenir propriétaire
- Durée ferme et irrévocable : le contrat ne peut généralement pas être résilié de manière anticipée par le locataire
- Loyers intégralement déductibles : les loyers versés constituent des charges d'exploitation déductibles du résultat fiscal de l'entreprise
- Pas de publication au greffe : contrairement au crédit-bail mobilier, la location financière n'exige pas d'inscription au registre du tribunal de commerce
En pratique, la location financière est très utilisée pour le financement de matériel informatique, de flottes de véhicules, de logiciels, d'équipements de bureau ou de matériel médical.
4. Statut des sociétés de leasing : agrément et supervision
Les sociétés qui exercent des opérations de crédit-bail doivent obligatoirement être des établissements de crédit ou des sociétés de financement au sens de l'article L511-1 du Code monétaire et financier.
À ce titre, elles sont soumises à :
- Un agrément délivré par l'Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR)
- Le respect des ratios prudentiels (fonds propres, liquidité, levier)
- Des obligations de lutte anti-blanchiment (LCB-FT)
- La supervision continue de l'ACPR et, le cas échéant, de la Banque Centrale Européenne (BCE)
En revanche, les sociétés qui pratiquent uniquement la location financière sans option d'achat n'ont pas l'obligation d'être agréées comme établissement de crédit.
Elles exercent sous le régime général du droit commercial.
5. Traitement fiscal du leasing pour les entreprises
Le régime fiscal du crédit-bail et de la location financière présente des avantages significatifs pour les entreprises :
Déductibilité des loyers
Les loyers versés au titre d'un contrat de crédit-bail ou de location financière sont déductibles du résultat imposable de l'entreprise (IS ou IR), au même titre que toute charge d'exploitation.
C'est l'un des principaux avantages fiscaux du leasing professionnel.
TVA récupérable
La TVA sur les loyers est récupérable pour les entreprises assujetties, selon les règles de droit commun de l'article 271 du Code général des impôts.
Exception notable : la TVA sur les loyers de véhicules de tourisme n'est pas récupérable (sauf pour les loueurs professionnels, taxis, VSL, auto-écoles).
Crédit-bail mobilier : réintégration fiscale
Pour les contrats de crédit-bail mobilier, l'article 39 C du CGI prévoit un mécanisme de réintégration fiscale : lorsque la durée du contrat est inférieure à la durée normale d'amortissement du bien, une fraction des loyers peut être réintégrée dans le résultat fiscal.
Cette disposition vise à éviter un avantage fiscal excessif par rapport à l'amortissement en propriété.
Crédit-bail immobilier : plus-value à la levée d'option
Lors de la levée de l'option d'achat d'un crédit-bail immobilier, l'entreprise doit procéder à la réintégration des loyers excédentaires par rapport à l'amortissement linéaire théorique du bien.
Cette réintégration est imposable au taux normal de l'impôt sur les sociétés.
6. Traitement comptable : normes françaises et IFRS
En normes françaises (PCG)
En comptabilité française, le bien financé en crédit-bail n'apparaît pas au bilan du crédit-preneur.
Les loyers sont simplement comptabilisés en charges d'exploitation.
Le bien figure au bilan du crédit-bailleur.
L'entreprise doit toutefois mentionner ses engagements de crédit-bail en annexe de ses comptes annuels.
En normes IFRS (norme IFRS 16)
Depuis le 1er janvier 2019, la norme IFRS 16 impose aux entreprises qui publient des comptes consolidés en normes internationales de reconnaître au bilan un actif (droit d'utilisation) et un passif (obligation locative) pour la quasi-totalité de leurs contrats de location, y compris la location financière.
Cette norme a considérablement modifié la présentation des bilans des entreprises utilisant le leasing.
7. Obligations contractuelles et protection du crédit-preneur
Le contrat de crédit-bail professionnel est un contrat négocié entre professionnels.
Les protections du Code de la consommation ne s'appliquent pas aux contrats B2B.
Néanmoins, plusieurs principes encadrent la relation :
- Obligation d'information précontractuelle : le crédit-bailleur doit fournir au futur locataire les informations essentielles sur le coût total de l'opération, le montant des loyers, la durée et les conditions de levée de l'option d'achat
- Clause de résiliation : les conditions de résiliation anticipée doivent être clairement définies. En général, le crédit-preneur qui résilie doit verser des indemnités correspondant aux loyers restant dus
- Transfert des risques : en crédit-bail, les risques liés au bien (vol, destruction, obsolescence) sont généralement transférés au crédit-preneur, qui doit souscrire une assurance adéquate
- Restitution du bien : en l'absence de levée de l'option d'achat, le bien doit être restitué en bon état d'usage
8. Évolutions législatives récentes
Le cadre juridique du leasing professionnel évolue régulièrement pour s'adapter aux réalités économiques :
- Loi PACTE (2019) : a simplifié le statut des sociétés de financement et renforcé l'accès des PME aux solutions de financement alternatives, dont le crédit-bail
- Directive européenne CRD V : a renforcé les exigences prudentielles applicables aux établissements de crédit pratiquant le crédit-bail
- Taxonomie verte européenne : les opérations de leasing sont de plus en plus évaluées à l'aune des critères ESG et de la finance durable, ce qui pourrait à terme influencer les conditions de financement
- Norme IFRS 16 (2019) : a modifié en profondeur le traitement comptable des contrats de location, impactant les ratios financiers des entreprises utilisatrices de leasing
Synthèse
Le leasing professionnel en France repose sur un cadre juridique structuré et éprouvé.
Le crédit-bail, encadré par les articles L313-7 et suivants du Code monétaire et financier, offre aux entreprises un mécanisme de financement avec option d'achat, sous la supervision de l'ACPR.
La location financière, relevant du droit commun du bail, constitue une alternative flexible sans transfert de propriété.
Dans les deux cas, le leasing permet aux entreprises françaises de financer leurs investissements tout en préservant leur trésorerie et leurs capacités d'endettement, avec un traitement fiscal avantageux.
La connaissance précise du cadre légal est un atout pour structurer un financement adapté à chaque projet professionnel.
